jeudi 30 janvier 2025
lundi 23 décembre 2024
Eloge du Journal ou retour à Mallarmé.
« Quant à la critique proprement dite, j’espère que les philosophes comprendront ce que je vais dire : pour être juste, c’est-à-dire pour avoir sa raison d’être, la critique doit être partiale, passionnée, politique, c’est-à-dire faite à un point de vue exclusif, mais au point de vue qui ouvre le plus d’horizons ». (Charles Baudelaire, Salon de 1846, in Curiosités esthétiques, Œuvres complètes 1868, p. 77
« Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui / Va-t-il nous déchirer avec un coup d’aile ivre / Ce lac dur oublié que hante sous le givre / Le transparent glacier des vols qui n’ont pas fui ? » (Stéphane Mallarmé, Œuvres complètes, Édition Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1998, tome I, p 92)
« Nous ne pouvons vivre que dans l’entrouvert, exactement sur la ligne hermétique de partage de l’ombre et de la lumière. Mais nous sommes irrésistiblement jetés en avant. Toute notre personne prête aide et vertige à cette poussée. » (René CHAR, Dans la marche. OEuvres complètes, Gallimard, « La Pléiade », 1983, p. 410).
A l’instar des surréalistes, puis des situationnistes - qui chacun à leurs façons ont essayé en d’autres contingences de questionner la dimension pratique subversive de la poésie et de l’art - nous aimerions ici questionner la dimension opératoire de la critique radicale. Se réclamer d'une telle veine nécessite l'examen lucide d'une répétion formelle qui ne manque pas d' interroger. Une telle exigence concerne l’histoire du XIXè, du XXe et du XXI siècles. Une telle question peut finalement se réduire à celle de savoir si la critique peut se délivrer de l’apanage du style et de la froideur syntaxique, qui trop souvent donnent la fâcheuse impression de tourner à vide.
Ainsi la poésie de Mallarmé fait-elle «événement de la pensée de l’événement», où affirme-t-elle plutôt que « rien n’aura eu lieu », que le XIXe siècle n’a pas eu lieu. Elle affirmerait ainsi son inutilité face à une série d’échecs révolutionnaires qui n’ont pas été capables d’instaurer la liberté, l’égalité et la fraternité, dont rêvaient tous les adeptes de l'émancipation individuelle et collective depuis 1789. De fait Mallarmé affirme que « rien n’a eu lieu ». Le propos est explicite dans « le Coup de dés », et il est articulé aussi nettement qu’obscurément : « aucune de ces mémorables crises (crise de vers ou crises sociales) n’a eu lieu. » De cette manière, le vers, comme les dés jetés au hasard, ne sont que dans l’instant : on les lance, ils tournoient et retardent indéfiniment la pose du syntagme conclusif !
Serait-ce dès lors la question du rapport entre poésie et prose ? Le XIXè fut le siècle du journal. Le XXIè sera celui du buzz cybernétique et virtuel. La question de savoir si quelque chose pourra véritablement avoir lieu consisterait donc à s'emparer sérieusement de la prose. Mallarme encore une fois le dit : « il n’est pas de prose qui ne soit en dernier ressort langue du journal.». Présenter simplement des faits les plus banals de la vie quotidienne et - comme Benjamin - disséquer à plaisir les passages, les chiffoniers et les sens uniques. Soutenir par les détails une pensée de l’histoire et des événements politiques. Penser les « Grands Faits divers» d’une société en décryptant l'envers de ses aspects structuraux et fondamentaux. La critique et defense mallarméenne du journal est en fait, une défense de la réflexion historique.
jeudi 15 février 2024
Comment éduquer et penser après Gaza ?
Comment éduquer et penser après Gaza ?
Devant l’innommable, ne jamais se taire !
« Une fois que la Raison sait que l’Universel dominant et les proportions qui sont les siennes, sont malades – à proprement parler : atteints de paranoïa et de projection pathologique – alors ce qui se présente précisément comme malade, aberrant, paranoïde et même complètement «fou», au regard des critères de cet ordre dominant, c’est pour la Raison le seul germe de guérison. Comme au Moyen Age, le bouffon à son seigneur, seul le « fou » dit à la domination sa vérité. Dans cette perspective, la tâche du dialecticien serait alors d’amener cette vérité du « fou » à la conscience de la raison qui est en elle, faute de quoi elle risquerait de sombrer dans l’abîme de la maladie où, sans pitié, l’enferme la santé du bon sens des autres. »
« Ils font cause commune avec le monde contre eux-mêmes, et le signe le plus parfait de leur aliénation, l’omniprésente marchandise, et leur propre transformation en appendice de tout le système, est pour eux un mirage où ils voient leur lien avec le monde. Les grandes oeuvres d’art et les constructions philosophiques sont restées incomprises non pas du fait de la distance qui les séparait du noyau de l’expérience humaine, mais pour la raison opposée ; cette incompréhension pourrait en effet se révéler n’être qu’une trop grande compréhension : la honte d’avoir sa part dans l’universelle injustice deviendrait écrasante si on se mettait à la comprendre. »
« Car le sacrifice que la société attend de chacun est tellement universel qu’il ne se manifeste en fait qu’au niveau de la société en tant que telle et non pas au niveau de l’individu. Elle a en quelque sorte pris à son compte la maladie de tous les individus ; et dans cette maladie, dans la folie accumulée qui est derrière les agissements fascistes et dans leurs innombrables préfigurations ou médiations, le désastre subjectif enfoui dans les profondeurs de l’individu rejoint le désastre objectif qu’on peut voir. Mais ce qui est désespérant, c’est qu’à la maladie de l’homme sain on ne peut pas opposer tout simplement la santé du malade, et qu’en fait l’état de ce dernier ne fait le plus souvent que représenter d’une façon différente le schéma du même désastre. »
« Ce qui de nos jours est exigé du penseur, ce n’est rien de moins que d’avoir à se tenir constamment au sein des choses et à l’extérieur des choses : le geste du baron de Münchhausen, qui prétend se tirer lui-même par les cheveux hors du marécage où il est embourbé, tel est maintenant le paradigme de toute connaissance qui veut échapper au dilemme qui ferait d’elle soit une constatation, soit un projet. »
« Mais, dès que la pensée répudie son inaliénable distance et tente par mille arguments subtils de prouver combien elle est juste littéralement, elle s’effondre. Si elle sort du champ du virtuel, de l’anticipation à laquelle aucune donnée individuelle ne saurait répondre pleinement, bref, si au lieu de se contenter d’interpréter elle tente de devenir simple affirmation, tout ce qu’elle énoncera sera effectivement faux. Son apologétique, inspirée par l’incertitude et la mauvaise conscience, est immédiatement réfutée par la démonstration de la non-identité qu’elle ne veut reconnaître et qui seule fait d’elle pourtant la pensée. »
« Quand les philosophes – auxquels, comme on sait, il n’a jamais été bien facile de se taire – s’engagent dans une discussion, ils devraient parler de façon à avoir toujours tort, mais de telle sorte qu’il apparaisse bien que leur adversaire est dans l’erreur. L’important n’est pas tant d’avoir des connaissances qui soient absolument vraies et irréfutables – ces dernières se réduisent en fin de compte immanquablement à des tautologies – que des connaissances par rapport auxquelles la question de la vérité se juge elle-même. »
T..W. Adorno, Minima moralia, Réflexions sur la vie mutilée, traduit de l’allemand par Eliane Kaufholz et Jean-René Ladmiral, Payot, « Critique de la politique », 20
mardi 29 décembre 2020
Que faire ? D'abord lire....
En bon matérialistes, quelques lectrices et lecteurs avisé(e)s me demandent souvent, d"où je parle ? Je n'ai guère d'autre réponse - pastichant en cela Guy-Ernest - que de considérer que "les kilomètres de rayonnages industriels d'ouvrages inutiles qui polluent ce monde", nuisent gravement à la santé cognitive....
Puisqu'il
s'agirait de repenser une théorie critique du capitalisme-patriarcal
au XXIe siècle, puisqu'il s'agirait au bout du compte de repenser
avec Marx et Freud, au delà de Marx et Freud, voici ci-dessous une
modeste bibliographie de démarrage (sans douleur ni cachet
d'aspirine) autour de La critique de la valeur-dissociation (ou
en allemand Wert-abspaltungskritik).
A/
Entrée en matière :
1.
Le "Manifeste contre le travail" du groupe Krisis (Editions
Crise & Critique, 2020).
2. Théorie marxienne et critique du
travail, qui constitue l'introduction à "Ne travaillez jamais"
d'Alastair Hemmens (Editions Crise & Critique, 2019) :
http://www.palim-psao.fr/.../theorie-marxienne-et...
3.
L'entretien de Roswitha Scholz avec Clara Navaro Ruiz,
"Valeur-dissociation, sexe et crise du capitalisme" :
http://www.palim-psao.fr/.../valeur-dissociation-sexe-et...
4. "Le
côté obscur du capital. Masculinité et féminité comme pilier de
la modernité" par Johannes Vogele :
http://www.palim-psao.fr/.../le-cote-obscur-du-capital...
5.
Théorie de Marx, crise et dépassement du capitalisme. A propos de
la situation de la critique sociale radicale (Entretien avec Robert
Kurz) :
http://www.palim-psao.fr/article-theorie-de-marx-crise-et...
6.
Contre la critique tronquée du capitalisme par Johannes Vogele et
Paul Braun :
http://www.palim-psao.fr/.../contre-la-critique-tronquee...
7.
"Révolution contre le travail ? La critique de la valeur et le
dépassement du capitalisme" (Anselm Jappe) :
https://www.cairn.info/revue-cites-2014-3-page-103.htm
8. « We
Gotta Get Out Of This Place (On doit se barrer d'ici !) » (Entretien
avec Anselm Jappe) :
http://www.palim-psao.fr/.../on-doit-se-barrer-d-ici...
9.
"Quelques points essentiels de la critique de la valeur"
(Anselm Jappe), appendice à La Société autophage (La Découverte,
2017).
10. "Une histoire de la critique de la valeur à
travers les écrits de Robert Kurz", par Anselm Jappe (dans
l'ouvrage coordonné par Eric Martin et Maxime Ouellet, La Tyrannie
de la valeur, Editions Ecosociété, 2014).
B/
Si vous avez survécu à cela (c'est très bon signe !), des ouvrages
plus développés pour creuser l'élaboration et les prolongements de
cette critique.
Découvrir
la critique marxienne de l'économie politique :
-
Robert Kurz, L'Effondrement de la modernisation. De l'écroulement du
socialisme de caserne à la crise du marché mondial, Albi, Editions
Crise & Critique, 2021.
- Anselm Jappe, Les Aventures de la
marchandise. Pour une critique de la valeur, Paris, La Découverte,
2017.
- Robert Kurz, Lire Marx. Les textes les plus importants de
Karl Marx pour le XXIe siècle commentés par Kurz, Paris, Editions
les Balustres, 2013.
- Robert Kurz et Ernst Lohoff, Le Fétiche de
la lutte des classes. Thèses pour une démythologisation du
marxisme, Albi, Crise & Critique, 2021.
- Moishe Postone,
Temps, travail et domination sociale. Une réinterprétation de la
théorie critique de Marx, Paris, Mille et une nuits, 2009 ***.
-
Moishe Postone, Critique du fétiche-capital. Le capitalisme,
l'antisémitisme et la gauche, Paris, PUF, 2013.
- Robert Kurz, La
Substance du capital, Paris, L'Echappée, 2019. ***.
- Abolissons
le travail !, revue Jaggernaut, n°3, Albi, Crise & Critique,
2020.
C/
Critique de la forme-sujet moderne et des Lumières bourgeoises :
-
Anselm Jappe, La société autophage. Capitalisme, démesure et
autodestruction, Paris, La Découverte, 2017.
- Robert Kurz,
Raison sanglante. Essais pour une critique émancipatrice de la
modernité et des Lumières bourgeoises, Albi, Crise & Critique,
2021.
- Ernst Lohoff, L'Enchantement du monde. La forme-sujet
moderne et sa constitution historique - une ébauche, Albi, Crise &
Critique, 2021.
- Anticapitalisme tronqué et populisme
transversal, revue Jaggernaut, n°1, Albi, Crise & Critique,
2019.
Guy Debord, le situationnisme et la critique de la
valeur-dissociation :
- Anselm Jappe, Guy Debord. Essai, Paris, La
Découverte, 2017.
- Anselm Jappe, L'Avant-garde inacceptable.
Réflexions sur Guy Debord, Paris, Léo Scheer, 2004.
D/
Découvrir la critique du patriarcat producteur de marchandises :
-
Roswitha Scholz, Le Sexe du capitalisme. "Masculinité" et
"féminité" comme piliers du patriarcat producteur de
marchandises, Albi, Crise & Critique, 2019.
- Roswitha Scholz,
Simone de Beauvoir aujourd'hui. Quelques annotations critiques sur
une auteure classique du féminisme, Lormont, Bord de l'eau, 2014.
Théorie et analyse de la crise du capitalisme :
-
Robert Kurz, Vies et mort du capitalisme, Paris, Editions Lignes,
2011.
- Ernst Lohoff et Norbert Trenkle, La Grande
dévalorisation. Pourquoi la spéculation et la dette de l'Etat ne
sont pas les causes de la crise, Fécamp, Post-éditions, 2014.
-
Crises, champagne et bain de sang, revue Jaggernaut n°2, Albi, Crise
& Critique, 2020.
- De virus illustribus. Crise du
coronavirus et épuisement structurel du capitalisme, par Anselm
Jappe, Sandrine Aumercier, Clément Homs et Gabriel Zacarias, Albi,
Crise & Critique, 2020.
- Fabio Pitta, Le Brésil et sa crise
au XXIe siècle. Bulle des matières premières, capital fictif et
critique de la valeur-dissociation, Albi, Crise & Critique, 2021.
(Avec l'aimable autorisation des Camarades de la revue Jaggernaut)
En bonus une petite illustration sonore :
https://soundcloud.com/user-971673336/critique-de-la-valeur-reelle-de-la-litterature
samedi 16 mai 2020
De l’inconscient politique : assumer l'héritage pour discerner ...
samedi 28 mars 2020
Contribution à la critique anthropologique d’une pandémie au XXIè siècle - 1
Ce qui est en train de se passer est une expérimentation totalitaire
Saison 1
Saison 4
Ode à Charles et Raoul...
« Là où une catégorie se transforme - par dialectique négative, celle de ...
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" Il y eut, dans la chambre de l’enfant, un cube noir qui flottait. Ni lumière, ni spectre, ni silhouette : un bloc de nuit, géométri...
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