dimanche 2 août 2026

Ode à Charles et Raoul...

 


                                                          « Là où une catégorie se transforme - par dialectique négative, celle de l'identité et de la totalité - la constellation de toutes les catégories se transforme et avec elle chacune d'elles. Les concepts d'essence et d'apparence en sont les paradigmes. Ils proviennent de la tradition philosophique, ils sont maintenus mais inversés dans leur orientation. Il ne faut plus hypostasier l'essence et un pur être-en-soi spirituel. L'essence se convertit bien plutôt en ce qui est caché sous la façade de l'immédiat, les prétendus faits, et qui fait d'eux ce qu'ils sont, la loi du destin à laquelle l'histoire obéit jusqu'à maintenant ; et ceci d'autant plus irrésistiblement que l'essence va se glisser plus profondément sous les faits afin de se faire facilement démentir par eux. Une telle essence est avant tout non-essence (Unwesen), l'agencement du monde rabaisse les hommes en moyen de son sese conservare, ampute et menace leur vie en la reproduisant et en leur faisant accroire que le monde serait ainsi en vue de satisfaire leurs besoins. Tout comme celle de Hegel, cette essence aussi doit apparaître : enveloppée dans sa propre contradiction. Ce n'est que dans la contradiction de l'étant avec ce qu'il prétend être que l'essence se fait reconnaître. Certes, face aux prétendus faits, elle est bien sûr conceptuelle et non immédiate. Mais une telle conceptualité n'est pas simplement [...] produit du sujet de la connaissance dans laquelle ce dernier se retrouve finalement confirmé lui-même. Au lieu de cela, elle exprime que le monde conçu, même si c'est la faute du sujet, n'est pas son propre monde mais lui est hostile. [...] L'essence est ce qui, selon la loi-même de la non-essence, est caché ; contester qu'une essence soit, signifie se jeter du côté de l'apparence, de la totale idéologie qu'est entre-temps devenu l'être-là. Celui pour qui tout ce qui apparaît vaut pareillement parce qu'il n'a connaissance d'aucune essence qui permettrai de distinguer, fait avec un amour fanatisé de la vérité, cause commune avec la non-vérité, avec l'abrutissement scientifique méprisé par Nietzsche, abrutissement qui refuse de se préoccuper de la dignité des objets à traiter et qui à propos de cette dignité, ou bien répète bêtement ce qui l'opinion publique ou bien, en guise de critère, se demande si, comme on dit, on n'a pas déjà travaillé là-dessus.»   

                                                    T.W. Adorno, Dialectique négative, Payot, p. 205-206 et 207.

 

Le rationnel a cessé d’enchanter notre monde.  Les protagonistes de la Révolution française ont découvert le secret du mouvement historique irréversible. Mais ils ont –dans le même mouvement dialectique – brulé leurs vaisseaux derrière eux. Le révolutionnaire se place dans le stress permanent de sa propre action, il s’interdit toute forme de retour en arrière. Cet « enfant terrible » est ainsi devenu un individu uni-générationnel, il a rompu avec l’histoire et la chaîne des générations, il a fait de cette rupture un programme, il est devenu un éternel contemporain. Depuis les protagonistes de la Révolution française jusqu’à la « pensée nomade » dans les années 1980, on assiste à un processus d’accélération de cette rupture.

Or chez un auteur comme Joseph de Maistre, les modernes sont des possédés. L’idée est à la fois très ancienne et très contemporaine.  Le concept de possession a été formulé dans un contexte religieux, mais peu à peu, au fil du XIXe siècle, cette théorie de la possession est remplacée par la théorie de l’inconscient. Or cette dernière émerge bien avant Freud, notamment avec Schelling et ses réflexions sur la genèse préconsciente de la conscience. Cette hypothèse de la possession de la conscience humaine par une force qui lui échappe serait-elle une « contrainte muette »  de l’anthropocène à l’heure de la séparation achevée des individus entre eux ? Serait-elle le moment Benjaminien du Capitalisme comme religion ? Et la seule « généalogie du  Dieu Argent » dans le stade souverain du matérialisme de l’abstraction totale comme le dévoilement ultime ? Ou ne peut-on pas examiner que cette possession – à leur insu - du cogito et des passions participerait – outre une analyse de pure psychologie occidentale – à une nécessité anthropologique universelle : le besoin d’un Religare autour d’un fétiche pour sentiment d’appartenance ? 

 



mardi 30 septembre 2025

La part muette du monde.


" Il y eut, dans la chambre de l’enfant, un cube noir qui flottait.  Ni lumière, ni spectre, ni silhouette : un bloc de nuit, géométrique, silencieux, suspendu dans l’air comme une énigme faite matière. Il ne bougeait pas, ne parlait pas, ne voulait rien. Il était là — simplement là — au pied du lit, à la bonne distance pour ne pouvoir être ni touché, ni oublié. Et l’enfant sentait sur sa poitrine une pression sans douleur, une densité étrangère qui pesait sur lui sans l’écraser. Ce n’était pas la peur. C’était plus ancien que la peur : c’était la sensation nue que quelque chose est, et que ce quelque chose ne se plie ni aux mots, ni aux histoires."

 (Extrait  de "La part muette du monde" (Observatoire Situationniste, Septembre 2025)

https://observatoiresituationniste.com/2025/09/28/breves-18-la-part-muette-du-monde/



 

 

 

 

dimanche 31 août 2025

La planète malade...


" Les maîtres de la société sont obligés maintenant de parler de la pollution, et pour la combattre  et pour la dissimuler. Car la simple vérité des nuisances et des risques présents, suffit pour constituer un immense facteur de révolte, une exigence matérialiste des exploités, tout aussi vitale que l’a été la lutte des prolétaires du XIXe siècle pour la possibilité de manger."

(...) Le vieil océan est en lui-même indifférent à la pollution ; mais l’histoire ne l’est pas. Elle ne peut être sauvée que par l’abolition du travail-marchandise. Et jamais la conscience historique n’a eu autant besoin de dominer de toute urgence son monde, car l’ennemi qui est à sa porte n’est plus l’illusion, mais sa mort."

(Guy Debord, "La planète malade" Texte rédigé pour le n°13 – jamais publié - de la revue Internationale Situationniste)

 


 

 

mardi 19 août 2025

Comment penser et éduquer après Gaza (2)



" Ils font cause commune avec le monde contre eux-mêmes, et le signe le plus parfait de leur aliénation, l’omniprésente marchandise, et leur propre transformation en appendice de tout le système, est pour eux un mirage où ils voient leur lien avec le monde. 

Les grandes oeuvres d’art et les constructions philosophiques sont restées incomprises non pas du fait de la distance qui les séparait du noyau de l’expérience humaine, mais pour la raison opposée; cette incompréhension pourrait en effet se révéler n’être qu’une trop grande compréhension : la honte d’avoir sa part dans l’universelle injustice deviendrait écrasante si on se mettait à la comprendre ...." 

(T..W. Adorno, Minima moralia, Réflexions sur la vie mutilée, Payot)

 


 



 

mercredi 9 avril 2025

Les citations sont utiles dans les périodes d'ignorance et de croyances obscurantistes...


" Partout, avec chaque explosion, la guerre forcé l’écran protecteur des réactions sensorielles, derrière lequel peut se constituer l’expérience, c’est-à-dire la durée qui s’écoule entre l’oubli salutaire et le souvenir salutaire. La vie s’est transformée en une suite intemporelle de chocs entre lesquels il y a des trous béants, des intervalles vides et paralysés. Or il n’y a rien peut-être de plus funeste pour l’avenir que le fait qu’à proprement parler bientôt plus personne ne sera en mesure de penser encore à cette guerre, car tout traumatisme et tout choc non surmonté chez ceux qui en reviennent est un germe de destruction à venir. "

(Theodor W. Adorno, Minima Moralia. Réflexions sur la vie mutilée).

 


mardi 11 mars 2025

La vérité ne nous échappera pas...


" Le vrai visage de l’histoire n’apparaît que le temps d’un éclair. On ne retient le passé que comme une image qui, à l’instant où elle se laisse reconnaître, jette une lueur qui jamais ne se reverra. « La vérité ne nous échappera pas » – ce mot de Gottfried Keller caractérise avec exactitude, dans l’image de l’histoire que se font les historicistes, le point où le matérialisme historique, à travers cette image, opère sa percée. Irrécupérable est, en effet, toute image du passé qui menace de disparaître avec chaque instant présent qui, en elle, ne s’est pas reconnu visé."

(Walter Benjamin, Thèses « Sur le concept d’histoire , 1942)




lundi 23 décembre 2024

A propos de la Littérature....


 

Eloge du Journal ou retour à Mallarmé.

 

« Quant à la critique proprement dite, j’espère que les philosophes comprendront ce que je vais dire :  pour être juste, c’est-à-dire pour avoir sa raison d’être, la critique doit être partiale, passionnée,  politique, c’est-à-dire faite à un point de vue exclusif, mais au point de vue qui ouvre le plus d’horizons ». (Charles Baudelaire, Salon de 1846, in Curiosités esthétiques, Œuvres complètes 1868, p. 77


« Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui / Va-t-il nous déchirer avec un coup d’aile ivre / Ce lac dur oublié que hante sous le givre / Le transparent glacier des vols qui n’ont pas fui ? » (Stéphane Mallarmé, Œuvres complètes, Édition Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1998, tome I, p 92)


« Nous ne pouvons vivre que dans l’entrouvert, exactement sur la ligne hermétique de partage de l’ombre et de la lumière. Mais nous sommes irrésistiblement jetés en avant. Toute notre personne prête aide et vertige à cette poussée. » (René CHAR, Dans la marche. OEuvres complètes, Gallimard, « La Pléiade », 1983, p. 410).



A l’instar des surréalistes, puis des situationnistes - qui chacun à leurs façons ont essayé en d’autres contingences de questionner la dimension pratique subversive de la poésie et de l’art - nous aimerions ici questionner la dimension opératoire de la critique radicale. Se réclamer d'une telle veine nécessite l'examen lucide d'une répétion formelle qui ne manque pas d' interroger. Une telle exigence concerne l’histoire du XIXè, du XXe et du XXI siècles. Une telle question peut finalement se réduire à celle de savoir si la critique peut se délivrer de l’apanage du style et de la froideur syntaxique, qui trop souvent donnent la fâcheuse impression de tourner à vide.


Ainsi la poésie de Mallarmé fait-elle «événement de la pensée de l’événement», où affirme-t-elle plutôt que « rien n’aura eu lieu », que le XIXe siècle n’a pas eu lieu. Elle affirmerait ainsi son inutilité face à une série d’échecs révolutionnaires qui n’ont pas été capables d’instaurer la liberté, l’égalité et la fraternité, dont rêvaient tous les adeptes de l'émancipation individuelle et collective depuis 1789. De fait Mallarmé affirme que « rien n’a eu lieu ». Le propos est explicite dans « le Coup de dés », et il est articulé aussi nettement qu’obscurément : «  aucune de ces mémorables crises (crise de vers ou crises sociales) n’a eu lieu. » De cette manière, le vers, comme les dés jetés au hasard, ne sont que dans l’instant : on les lance, ils tournoient et retardent indéfiniment la pose du syntagme conclusif !

 

Serait-ce dès lors la question du rapport entre poésie et prose ? Le XIXè fut le siècle du journal. Le XXIè sera celui du buzz cybernétique et virtuel. La question de savoir si quelque chose pourra véritablement avoir lieu consisterait donc à s'emparer sérieusement de la prose. Mallarme encore une fois le dit : « il n’est pas de prose qui ne soit en dernier ressort langue du journal.». Présenter simplement des faits les plus banals de la vie quotidienne et - comme Benjamin - disséquer à plaisir les passages, les chiffoniers et les sens uniques. Soutenir par les détails une pensée de l’histoire et des événements politiques. Penser les « Grands Faits divers» d’une société en décryptant l'envers de ses aspects structuraux et fondamentaux. La critique et defense mallarméenne du journal est en fait, une défense de la réflexion historique.

 

 


 

lundi 26 février 2024

Point de vue de l’Aranea

 

 

Ils avaient cherché refuge dans ces pierres ancestrales, accumulées les unes sur les autres depuis longtemps, et soudées par la magie d’un sablon argileux, où je parcourais des univers fabuleux. J’étais là immobile, sur la paroi verticale d’une pierre d’ardoise brûlante, happant chaque rayon de la lumière solaire nécessaire au tissage de ma toile. Ils m’ont sorti de mon sommeil besogneux, quand j’ai entendu la porte de bois grincer, là-bas au bout de ce long couloir, haut de plafond, où l’escalier de chêne en colimaçon constituait la babel du peuple Araneaen.

Les antennes dressées, abdomen souple sur milles pattes prêtes à défier la gravité, si la loide la prédation l’exigeait. Je les ai observés sans qu’ils me repèrent. Ils se sont assis au bout de la lourde table en bois, où la nuit nous sommes toutes en guerre pour le festin des miettes dérisoires. Car depuis toujours il nous fallait bien nous préserver de la vie – et on le pouvait encore mais pour combien de temps ? – puisque la vie des bipèdes qui nous méprisaient, devenait cette folie et ce désespoir de l’inutile matière.

Ils se sont assis tous les trois, et j’ai vu le plus fin d’entre eux décapsuler ces étranges contenants, se déversant en écume blanche au fond des verres, autant que sur le plateau de nos virées nocturnes. J’ai reconnu l’odeur du houblon, qui dans les vapeurs desséchées de la nuit, occasionnaient les plus cruelles guerres entre nous. Leurs vêtements exhalaient la sueur et les poussières synthétiques de plâtre et d’acier surchauffé. Ils éructaient plus qu’ils ne communiquaient entre eux. Je percevais des sons invraisemblables, qui s’enchaînaient en une spirale synonyme de danger définitif pour le peuple Aranéen.

 

«  - Placoplâtre de 8 ? - Non de 10 avec isolation thermique. Tu les fixes sur tasseaux. Mais avant tu piques ton mur et tu le fixes avec de la chaux vive, tu vois ? - Moi j’s’rai toi, je laisserai le mur nu. Et tu ponces les poutres, c’est tout ! - Il te reste un bière ?»

 

A entendre leurs borborygmes, il me semblait que tout se défaisait, tout s'éloignait de moi, par un impitoyable glissement de non sens. Je ne savais pas les mouvements qui eussent pu les alerter ou les retenir. Autant que les sauver. Mais je commençais à comprendre. A comprendre leur quête futile. Comme toutes celles et ceux qui avaient parcouru cette grande bâtisse depuis son aube. Je découvrais enfin à quoi tenaient les sapiens-sapiens : quelque chose d’inutile, dans un lieu clos sur lui-même. Comme si cela leur était vital, pour qu’ils conservent leur vigueur physique et leur épaisseur charnelle. Il y avait des objets - matière inerte - à quoi ils croyaient tenir, mais ils savaient au fond d’eux-mêmes que ce n'était pas vrai. Ils n’y tenaient pas. Car mêmes leurs livres - fétiches poussiéreux dans lesquels naissent les petits du peuple Araneen – même ces ersatz du bois plein de signes, ne pouvaient les prendre par la main. Cette main ou cette pince qui saisit tendrement le corps, quand la peur vous immobilise. Mais au contraire leurs mains à eux, serraient durement et sans passion les manches d’outils destructeurs, à travers lesquels ils pensaient détenir un accord immémorial, une alliance de l'homme avec la matière. Le minéral, le végétal, même la terre, ils voulaient sans cesse les remodeler, à leur imaginaire désuet. C'était cela à quoi ils tenaient. Transformer ce qui les entourait plutôt que d’oser se transformer eux-mêmes. Plutôt que des voyages et expériences insolites, dangereux, des ambitions vaines d’accumulation et des images éculées, auxquelles ils prétendaient identifier leur destin. Ils ne savaient pas qu’en créant ce qu’ils pensaient un paradis, ils exhumaient leur enfer personnel. C'était leur vie. Ces bipèdes – prétendue espèce supérieure – néanmoins condamnés à l’éphémère, au passage. Ces bipèdes qui ne savaient pas la faute qu'ils expiaient à chaque nouvelle prétention matérialiste. Et qui depuis trop longtemps s'étaient mis en route, sur toutes les routes de Gaïa, à lourdes enjambées résignées, avec le casque e couteau tranchant et les masque, Sans m’en rendre compte je m’étais assoupie sur l’ardoise brûlante ? C’est la violence sonore des coups portés sur la paroi où je parcourais mes voyages insensés, qui m’a fait déguerpir. J’ai dévalé le mur et me suis faufilée dans la brèche du carrelage, menant aux labyrinthes vermoulu de poutres centenaires.


- Vas y au burin ! De toutes façons il faut évacuer toute cette merde de torchis. On va en manger de la poussière. T’as prévu des bières ? »


Je me suis blottie dans un trou de terre mêlée de bois chaud en décomposition. Peu à peu à mesure que je m’enfonçais dans la matière, le silence est revenu. Puis j’ai embarqué dans la mémoire ivre de mes origines et des étoiles. C’est pareil. Depuis plus de 400 millions d'années, nous avions tout connu : de nos origines amphibiques, jusqu’ appendre à ramper, à marcher, à voler. Sans jamais renoncer au mouvement, source de notre avoir incarné dans nos excroissances mandibulaires. Nous n’avions rien. Mais nous savions tout. Ce qui est authentique, ce qui est essentiel. Comme nos ancêtres, nous avions oublié les heures de grelottante nudité. Et pour longtemps encore l’on ignorerait ce qui importe et ce qui n'importe pas. Le peuple aranaen ne changera pas un mot au vomissement sorti de dessous son crâne Avec les sapiens, tout serait à nouveau caché, couvert, truqué, avec de fausses épaules et des pectoraux rembourrés...

Point de vue du Fennec.

 


Je suis sorti de là. Le poil ébouriffé, les pattes engourdies. J’ai tendu le museau et n’ai senti que la torpeur. Je me suis dressé et d’un saut agile me suis extirpé. Il y avait une masse ocre et d’or. Partout, partout. Silencieuse, et lourde, avec cette densité minérale qui éprouve tous les sens de l’organisme. Avec cette luminosité solaire qui empêche de voir distinctement. Le sable s’écrasait de tout son poids sur les quelques rochers de basalte noir qui sortaient de son ventre. En ces saillies on avait l’impression que le sable s’ouvrait puis se refermait derrière mes pas. Comme ça, sans arrêt. Les rochers semblaient reposer sur une ondulation sans bruit, calmes, immobiles, éternellement. Les plus petits recouverts n’attendaient rien, ne pensaient rien. Les plus massifs effrontés se dressaient hirsutes vers le bleu du ciel, tendus vers l’impossible. C’était anonyme. Le soleil, le ciel, le sable, les rochers. Aucun d’eux n’avait encore de nom. Chez nous, vivants de passage, personne ne s’était levé et n’avait pointé son index pour désigner ce qui était là et serait encore là après le mot. Le monde était déjà complet. Pourtant, il n’avait pas de nom. Tout le monde était aveugle aux noms, car tout le monde voyait la vie. C’est à ce moment là que je les ai vus. Là bas de l’autre côté de la pente inclinée où je me tenais. Masqué par ces quelques arbustes, dont mordre l’écorce vous abreuve de fraîcheur.

Ils étaient deux, affairés et manifestement tendus sur la carcasse métallique de ces choses artificielles et laides qui parcourent notre espace. Le corps de l’un était allongé sous l’objet, tandis que l’autre s’inclinait, tenant au bout de ses membres des objets qui reflétaient une lumière bleue. J’ai compris en voyant les longues traînées qui étrillaient le sable en toute direction, qu’ils faisaient partie de ces bipèdes aux circulations répétées. Toujours dans le même axe. Comme si leurs parallèles se rejoignaient en un point imaginaire. Je me suis approché en sablant sur mes pas. Le poids de mon corps s’enfonçait tendrement dans le sable. Mon pelage à la chromatique du lieu me rendant invisible à leurs yeux. J’avais senti. Mon instinct attiré par l’exhalaison des rebuts de carne. Et surtout de l’eau qu perlait de l’arrière de la carcasse inanimée. Imparable. Accoutumé aux mélodies incompréhensibles de leur chant, j’ai rythmé au velours sable, mon avancée progressive.

- Marco. C’est bon j’ai repéré la fuite . C’est le carter de gaz-oil ! Pas de brèche ouverte, mais il suinte.

- Putain, le passage sur le fesh-fesh à la sortie de Kita. Quand on a entendu un choc violent sous la voiture…

- Attends, passe moi la clé plate de douze et ta lampe frontale. que je regarde mieux

- Antoine, il nous reste encore 290 bornes jusqu’à Nema. Et le dernier bidon d’essence est vide. On n’y arrivera jamais.

- Marco, bordel, vérifie le cric ! J’ai l’impression que la bagnole s’affaisse.

- Non c’est bon. Le cric est sur la plaque. Comment on fait Tonio ?

- A la mode routiers algériens. Découpe moi des morceaux de savon de Marseille. Et imbibe les d’eau. Sors moi les Hollywood qui sont dans la boite à gant. Ça va le faire !!! A Kita on trouvera mieux.

J’ai distinctement vu le plus petit des deux s’incliner avec un objet étrange et laisser un filet d’eau couler sur ses mains, tout en malaxant une pâte ivoire. Comment pouvait-il faire ça ? Laisser couler la vie aussi simplement sans la boire ? Une mare qui s’enfonçait inexorablement dans le sable, la brunissant jusque dans ses exhalaisons de vapeur humide. Il le fallait. Approcher encore plus, gratter et lécher… Le pur instinct. C’est à ce moment là que j’ai vu sa silhouette s’approcher. Il venait de si loin. Sa démarche était chancelante. Vêtu d’un tas de guenilles, la peau du visage ébène brûlée par le soleil, tee-shirt crasseux, pantalon déchiré aux genoux et d’étranges poches de plastique qui entouraient ses pieds, aux plaies apparentes sur les orteils. Quand il fut à la hauteur des deux autres, j’interrompais ma reptation prudente. Plus d’eau, le sable était redevenu or et brûlant.

- Antoine !

- Ouais attend, j’arrive ?

- Salam.

- Salam

- Any problem ?Where do you come from ?

- Do you have a little bit water ?

- Of course ! Have some… Are you alone ? And where do you come from ?

- From Nigeria.

- Nigeria ? But it’s such a long way ?

- I know, i have been walking and hitch-hiking for more than 3 months, now.

- And where are you going ?

- Till La Haye, in Nederland. I know people over there.

- But it’s more than 3000 kms.

- Of course, i know, but i won’t go home any more. I need to survive. I shall walk till the end. I just need water.

Je les ai distinctement vu s’asseoir en arc de cercle comme le font les sapiens sapiens. Celui qui s’était extrait de sous la carapace métallique, se frottait les mains dans le sable et son regard semblait médusé. Ils ont continué à parler longtemps et je voyais à nouveau la vie s’écouler de leur lèvres, à chaque fois qu’ils relevaient la tête en arrière. Ils ont parlé encore puis, se sont tus. Seule la gourde tournait entre leurs mains. Puis le bipède à la peau noire s’est relevé, a noué à sa ceinture un petit jerrican qu’on lui tendait, et il a enlacé les deux autres fermement. Sans se retourner, il a repris sa trace. Ma pupille dilatée fixait celui qui s’éloignait, quand ma langue desséchée lorgnait encore les traces de vie liquide aux pieds des deux autres sidérés par l’audace !. Peu à peu la silhouette de l’homme ébène devint délétère et floue, dilatée par la température du zénith. Je sus que j’allais plutôt le suivre. Lui. Car dans son rythme même, je ressentais la présence retrouvée de l'écorce terrestre. Au ras de laquelle - comme mes semblables- il allait vivre, marcher, se déchirer les extrémités des membres dans la caillasse, s’asseoir, se coucher, dormir à même le roc En conservant avec le sol un contact direct, sans intermédiaire. Une existence animale, brute, collée au sol, cette fraternelle cohabitation avec toutes les bêtes, dans les rangs desquelles certains sapiens sapiens savaient retrouver leur origine. Car dans chaque arrêt, dans l'immobilité retrouvée, la tension physique de l'effort soudainement relâchée, c'était la sensation merveilleuse d’exister simplement. Au moment où traversant la dune qui me permettrait de suivre le marcheur à distance, j’entendis le bruit sonore de la machine roulante qui partait à l’exact opposé. J’étais né là dans cet endroit que les bipèdes appellent désert, mais qui est beau parce qu'il ne ment jamais.


jeudi 15 février 2024

Comment éduquer et penser après Gaza ?

 


 Comment éduquer et penser après Gaza ?

Devant l’innommable, ne jamais se taire !

 

« Une fois que la Raison sait que l’Universel dominant et les proportions qui sont les siennes, sont malades – à proprement parler : atteints de paranoïa et de projection pathologique – alors ce qui se présente précisément comme malade, aberrant, paranoïde et même complètement «fou», au regard des critères de cet ordre dominant, c’est pour la Raison le seul germe de guérison. Comme au Moyen Age, le bouffon à son seigneur, seul le « fou » dit à la domination sa vérité. Dans cette perspective, la tâche du dialecticien serait alors d’amener cette vérité du « fou » à la conscience de la raison qui est en elle, faute de quoi elle risquerait de sombrer dans l’abîme de la maladie où, sans pitié, l’enferme la santé du bon sens des autres. »

 

« Ils font cause commune avec le monde contre eux-mêmes, et le signe le plus parfait de leur aliénation, l’omniprésente marchandise, et leur propre transformation en appendice de tout le système, est pour eux un mirage où ils voient leur lien avec le monde. Les grandes oeuvres d’art et les constructions philosophiques sont restées incomprises non pas du fait de la distance qui les séparait du noyau de l’expérience humaine, mais pour la raison opposée ; cette incompréhension pourrait en effet se révéler n’être qu’une trop grande compréhension : la honte d’avoir sa part dans l’universelle injustice deviendrait écrasante si on se mettait à la comprendre. »

 

« Car le sacrifice que la société attend de chacun est tellement universel qu’il ne se manifeste en fait qu’au niveau de la société en tant que telle et non pas au niveau de l’individu. Elle a en quelque sorte pris à son compte la maladie de tous les individus ; et dans cette maladie, dans la folie accumulée qui est derrière les agissements fascistes et dans leurs innombrables préfigurations ou médiations, le désastre subjectif enfoui dans les profondeurs de l’individu rejoint le désastre objectif qu’on peut voir. Mais ce qui est désespérant, c’est qu’à la maladie de l’homme sain on ne peut pas opposer tout simplement la santé du malade, et qu’en fait l’état de ce dernier ne fait le plus souvent que représenter d’une façon différente le schéma du même désastre. »


 

« Ce qui de nos jours est exigé du penseur, ce n’est rien de moins que d’avoir à se tenir constamment au sein des choses et à l’extérieur des choses : le geste du baron de Münchhausen, qui prétend se tirer lui-même par les cheveux hors du marécage où il est embourbé, tel est maintenant le paradigme de toute connaissance qui veut échapper au dilemme qui ferait d’elle soit une constatation, soit un projet. »

 

« Mais, dès que la pensée répudie son inaliénable distance et tente par mille arguments subtils de prouver combien elle est juste littéralement, elle s’effondre. Si elle sort du champ du virtuel, de l’anticipation à laquelle aucune donnée individuelle ne saurait répondre pleinement, bref, si au lieu de se contenter d’interpréter elle tente de devenir simple affirmation, tout ce qu’elle énoncera sera effectivement faux. Son apologétique, inspirée par l’incertitude et la mauvaise conscience, est immédiatement réfutée par la démonstration de la non-identité qu’elle ne veut reconnaître et qui seule fait d’elle pourtant la pensée. »

 

« Quand les philosophes – auxquels, comme on sait, il n’a jamais été bien facile de se taire – s’engagent dans une discussion, ils devraient parler de façon à avoir toujours tort, mais de telle sorte qu’il apparaisse bien que leur adversaire est dans l’erreur. L’important n’est pas tant d’avoir des connaissances qui soient absolument vraies et irréfutables – ces dernières se réduisent en fin de compte immanquablement à des tautologies – que des connaissances par rapport auxquelles la question de la vérité se juge elle-même. »

 

T..W. Adorno, Minima moralia, Réflexions sur la vie mutilée, traduit de l’allemand par Eliane Kaufholz et Jean-René Ladmiral, Payot, « Critique de la politique », 20

mercredi 19 avril 2023

Mesure de salubrité cognitive !

 

"À l’ère du fascisme, l’individu, en tant que spécimen de l’espèce humaine, a perdu l’autonomie grâce à laquelle il pouvait réaliser le genre humain […], c’est la société qui fait la substance de l’individu […] ; pour la société totalitaire les différences effectives ou imaginaires sont des marques ignominieuses prouvant qu’on n’est pas encore allé assez loin, que quelque chose a encore échappé au mécanisme et n’a pas été déterminé par la totalité (...) " 

"La critique réactionnaire saisit assez souvent ce qu’est le déclin de l’individualité et la crise de la société, mais elle en impute la responsabilité ontologique à l’individu en soi, en ce qu’il est libre (...) , et elle se consolera en se tournant vers le passé (...)"

 "L’esprit du monde non pas à cheval mais sur les ailes d’une fusée sans tête (...)" 

 T. W. Adorno, Minima Moralia : réflexion sur la vie mutilée,  Paris, Payot, 2003. 


La Réforme des Retraites en France vous semble une aberration et le silence politique autant que la répression du mouvement social vous inquiète ?

Le réchauffement climatique accéléré et généralisé en tous points de la planète vous angoisse ? Autant que l'inaction politique qui cherche à criminaliser les initiatives citoyennes ?

La multiplication et réitération des conflits armés en tous points du globe et la fausse conscience surmédiatisée du bipolarisme « Bons contre Méchants » vous irrite au plus haut point ?

L'aliénation des sujets intensifiée par l'industrie culturelle de masse, les nov-langues conceptuellement vides du monde cybernétique généralisé, la disparition de la conscience historique au profit d'un présent perpétuel, vous semblent une faillite anthropologique ?

Vous vous sentez de plus en plus étranger à ce monde qui dérive, ce vieux monde qui se meurt, mais tout autant ne percevez pas encore le nouveau monde qui tarde à apparaître. Et dans ce clair-obscur face aux monstres qui surgissent, vous ne pouvez rester les bras croisés..


LISEZ TOTALITAIRE

 

La nouvelle revue (n°20) ! du Collectif ILLUSIO  

Mesure de Salubrité Cognitive

non remboursée par la sécurité sociale, mais qui vous fera le plus grand bien !

 





 

 

mercredi 25 janvier 2023

A propos du dieu argent...


Quelques brefs extraits du remarquable livre

GENEALOGIE DU DIEU ARGENT

publié aux Editions ContreLittérature (Janvier 2023)


Extraits :

" La valeur monétaire d’une chose n’est pas déterminée par le temps de travail qu’elle nécessite, ni par sa rareté, ni par le besoin qu’on a d’elle. Si elle l’est, c’est parce que nous donnons une valeur monétaire à ce temps de travail, à cette rareté, à ce besoin. La valeur monétaire d’une chose n’existe tout simplement pas. Bien sûr, si l’eau devient rare, elle prendra beaucoup de valeur, mais cela ne détermine en rien son prix. C’est nous qui déterminons son prix. Et ce prix va priver tous ceux qui ne peuvent le payer de cette chose vitale. C’est comme ça que la valeur monétaire fausse la réalité. La réalité, ce n’est pas que certains – les riches – ont besoin d’eau. Tout le monde a besoin d’eau. La réalité, ce n’est pas qu’il est légitime que seuls les riches boivent. La réalité, c’est qu’il y a peu d’eau et qu’il faut prendre une décision tous ensemble par rapport à ce fait. L’argent est ce qui nous prive de décision. Sauf les riches bien sûr. L’argent, c’est quand les riches décident. Décident du prix de l’eau et du reste.

(…)

Les riches vivent dans une réalité illusoire, déconnectée de la vraie réalité. Par exemple, s’il manque d’eau, ils croient qu’ils ont légitimement le droit de posséder, d’user et d’abuser de l’eau, parce qu’ils la payent. La réalité humaine générale du manque d’eau n’a aucune légitimité pour eux.

La légitimité est tout entière annexée par la légalité économique. L’essence de l’argent est l’annexion du monde par les riches.

L’économie n’est rien d’autre que le traité de stratégie militaire qui permet aux riches d’annexer à l’argent l’esprit des hommes.

(…)

L’argent a dévalisé le monde de tout, de sorte que le monde est vide, sans intérêt, désenchanté – à moins d’avoir de l’argent. Et quand on a de l’argent, ce n’est pas pour vivre le monde, qui n’est plus rien sinon de façon inessentielle, périphérique, mais pour vivre l’argent, pour participer à la représentation universelle de la richesse. Le riche est celui qui sent non pas qu’il est riche, car il n’est riche de rien, sinon de façon inessentielle, périphérique, mais celui qui sent qu’il représente la richesse.

(…)

C’est seulement après des millénaires de pillage des communautés existantes, c’est-à-dire le plus souvent, des exploiteurs locaux, que les marchands se virent contraints de se saisir eux-mêmes de la sphère de l’exploitation. Et ceci pour une double mais simple raison : ils ont ruiné tous ceux qu’ils pillaient ; le pullulement de leur classe prospère les contraint à une concurrence féroce malgré le développement universel du marché. C’est donc une fois solidement établie la célébrité de l’argent comme ce qui a seul le pouvoir universel de réaliser la pensée des choses, une fois la toute-puissance de l’argent bien assurée, toute-puissance qui consiste uniquement dans la mise en spectacle millénaire et mondiale de sa toute-puissance, que le capitaliste peut se lancer lui-même dans l’exploitation en y introduisant le calcul des coûts de production. Le capitaliste ne peut calculer un coût qu’une fois que l’argent est bien présent comme idée dans toute chose. C’est seulement lorsque presque tout a été transformé en marchandises, en choses qui pensent, que l’exploitation proprement marchande peut débuter.

(…)

La marchandise, que le salarié convoite, est ce qui permet à la richesse de se pavaner. La marchandise est ce qui fait briller un temps la richesse aux yeux de tous les spectateurs ; le temps que s’effectue l’achat. Aussitôt achetée, la marchandise perd son éclat, perd totalement ce qui la faisait briller. Prestigieuse derrière la vitrine, vulgaire dès qu’elle rentre chez le consommateur. Car la richesse s’échappe de la marchandise, l’abandonne à sa trivialité, à l’instant même où la transaction s’effectue. Et c’est évidemment l’argent, la richesse jamais satisfaite parce que totalement abstraite, qui va ensuite permettre de produire de nouvelles marchandises ; c’est la richesse jamais satisfaite qui va pouvoir continuellement être réinjectée dans de nouveaux objets pour les faire briller. Et ainsi de suite.

(…)

Telle est la force corrosive de l’illusion : les riches croient se protéger de la laideur alors que leur laideur transparaît toujours plus aux yeux de tous ; conséquemment, les pauvres du monde entier croient de moins en moins les riches ; moins ils les croient, plus l’alchimie secrète opère ; plus se reforment les peuples en tant que seule force universelle capable de ramener le vrai dans le monde."

 Renseignez-vous ! 


 

mardi 29 décembre 2020

Que faire ? D'abord lire....



 

En bon matérialistes, quelques lectrices et lecteurs avisé(e)s me demandent souvent, d"où je parle ? Je n'ai guère d'autre réponse  - pastichant en cela Guy-Ernest - que de considérer que "les kilomètres de rayonnages industriels d'ouvrages inutiles qui polluent ce monde", nuisent gravement à la santé cognitive.... 

Puisqu'il s'agirait de repenser une théorie critique du capitalisme-patriarcal au XXIe siècle, puisqu'il s'agirait au bout du compte de repenser avec Marx et Freud, au delà de Marx et Freud, voici ci-dessous une modeste bibliographie de démarrage (sans douleur ni cachet d'aspirine) autour de La critique de la valeur-dissociation  (ou en allemand Wert-abspaltungskritik).


A/ Entrée en matière :

1. Le "Manifeste contre le travail" du groupe Krisis (Editions Crise & Critique, 2020).
2. Théorie marxienne et critique du travail, qui constitue l'introduction à "Ne travaillez jamais" d'Alastair Hemmens (Editions Crise & Critique, 2019) : http://www.palim-psao.fr/.../theorie-marxienne-et...
3. L'entretien de Roswitha Scholz avec Clara Navaro Ruiz, "Valeur-dissociation, sexe et crise du capitalisme" : http://www.palim-psao.fr/.../valeur-dissociation-sexe-et...
4. "Le côté obscur du capital. Masculinité et féminité comme pilier de la modernité" par Johannes Vogele : http://www.palim-psao.fr/.../le-cote-obscur-du-capital...
5. Théorie de Marx, crise et dépassement du capitalisme. A propos de la situation de la critique sociale radicale (Entretien avec Robert Kurz) : http://www.palim-psao.fr/article-theorie-de-marx-crise-et...
6. Contre la critique tronquée du capitalisme par Johannes Vogele et Paul Braun : http://www.palim-psao.fr/.../contre-la-critique-tronquee...
7. "Révolution contre le travail ? La critique de la valeur et le dépassement du capitalisme" (Anselm Jappe) : https://www.cairn.info/revue-cites-2014-3-page-103.htm
8. « We Gotta Get Out Of This Place (On doit se barrer d'ici !) » (Entretien avec Anselm Jappe) : http://www.palim-psao.fr/.../on-doit-se-barrer-d-ici...
9. "Quelques points essentiels de la critique de la valeur" (Anselm Jappe), appendice à La Société autophage (La Découverte, 2017).
10. "Une histoire de la critique de la valeur à travers les écrits de Robert Kurz", par Anselm Jappe (dans l'ouvrage coordonné par Eric Martin et Maxime Ouellet, La Tyrannie de la valeur, Editions Ecosociété, 2014).

B/ Si vous avez survécu à cela (c'est très bon signe !), des ouvrages plus développés pour creuser l'élaboration et les prolongements de cette critique.
Découvrir la critique marxienne de l'économie politique :
-  Robert Kurz, L'Effondrement de la modernisation. De l'écroulement du socialisme de caserne à la crise du marché mondial, Albi, Editions Crise & Critique, 2021.
- Anselm Jappe, Les Aventures de la marchandise. Pour une critique de la valeur, Paris, La Découverte, 2017.
- Robert Kurz, Lire Marx. Les textes les plus importants de Karl Marx pour le XXIe siècle commentés par Kurz, Paris, Editions les Balustres, 2013.
- Robert Kurz et Ernst Lohoff, Le Fétiche de la lutte des classes. Thèses pour une démythologisation du marxisme, Albi, Crise & Critique, 2021.
- Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale. Une réinterprétation de la théorie critique de Marx, Paris, Mille et une nuits, 2009 ***.
- Moishe Postone, Critique du fétiche-capital. Le capitalisme, l'antisémitisme et la gauche, Paris, PUF, 2013.
- Robert Kurz, La Substance du capital, Paris, L'Echappée, 2019. ***.
- Abolissons le travail !, revue Jaggernaut, n°3, Albi, Crise & Critique, 2020.

C/ Critique de la forme-sujet moderne et des Lumières bourgeoises :
- Anselm Jappe, La société autophage. Capitalisme, démesure et autodestruction, Paris, La Découverte, 2017.
-  Robert Kurz, Raison sanglante. Essais pour une critique émancipatrice de la modernité et des Lumières bourgeoises, Albi, Crise & Critique, 2021.
- Ernst Lohoff, L'Enchantement du monde. La forme-sujet moderne et sa constitution historique - une ébauche, Albi, Crise & Critique, 2021.
- Anticapitalisme tronqué et populisme transversal, revue Jaggernaut, n°1, Albi, Crise & Critique, 2019.
Guy Debord, le situationnisme et la critique de la valeur-dissociation :
- Anselm Jappe, Guy Debord. Essai, Paris, La Découverte, 2017.
- Anselm Jappe, L'Avant-garde inacceptable. Réflexions sur Guy Debord, Paris, Léo Scheer, 2004.

D/ Découvrir la critique du patriarcat producteur de marchandises :
- Roswitha Scholz, Le Sexe du capitalisme. "Masculinité" et "féminité" comme piliers du patriarcat producteur de marchandises, Albi, Crise & Critique, 2019.
- Roswitha Scholz, Simone de Beauvoir aujourd'hui. Quelques annotations critiques sur une auteure classique du féminisme, Lormont, Bord de l'eau, 2014.
Théorie et analyse de la crise du capitalisme :
-  Robert Kurz, Vies et mort du capitalisme, Paris, Editions Lignes, 2011.
- Ernst Lohoff et Norbert Trenkle, La Grande dévalorisation. Pourquoi la spéculation et la dette de l'Etat ne sont pas les causes de la crise, Fécamp, Post-éditions, 2014.
- Crises, champagne et bain de sang, revue Jaggernaut n°2, Albi, Crise & Critique, 2020.
- De virus illustribus. Crise du coronavirus et épuisement structurel du capitalisme, par Anselm Jappe, Sandrine Aumercier, Clément Homs et Gabriel Zacarias, Albi, Crise & Critique, 2020.
- Fabio Pitta, Le Brésil et sa crise au XXIe siècle. Bulle des matières premières, capital fictif et critique de la valeur-dissociation, Albi, Crise & Critique, 2021.

(Avec l'aimable autorisation des Camarades de la revue Jaggernaut)

En bonus une petite illustration sonore :

https://soundcloud.com/user-971673336/critique-de-la-valeur-reelle-de-la-litterature

 



dimanche 1 novembre 2020

Le retour du Jeune Hegel...

En guise de réponse " Au manifeste des 100 universitaires français " paru le Dimanche 1r Novembre 2020,  et qui traduit assez bien l'état déplorable de "la philosophie de la misère" . Un détournement du Jeune Hegel, cité dans "Introduction à la lecture de Hegel," d'Alexandre Kojève, (Gallimard, 1947)

1806 : Premier discours de Hegel, Conférences de Iéna de 1806, allocution finale.

« Messieurs,  

Nous sommes situés dans une époque importante, dans une fermentation, où l'Esprit a fait un bond en avant, a dépassé sa forme concrète antérieure et en acquiert une nouvelle. Toute la masse des idées et des concepts qui ont eu cours jusqu'ici, les liens mêmes du monde, sont dissous et s'effondrent en eux-mêmes comme une vision de rêve. Il se prépare une nouvelle sortie de l'Esprit c'est la philosophie qui doit en premier lieu saluer son apparition etla reconnaître, tandis que d'autres, dans une résistance impuissante, restent collés au passé, et la plupart constituent inconsciemment la masse de son apparition. Mais la philosophie, en le reconnaissant comme ce qui est éternel, doit lui présenter des hommages ». 

 

2020 : Hegel de retour.

« Messieurs,  

Nous sommes situés dans une époque importante, dans une fermentation, où l'Esprit a fait un bond « EN ARRIERE », a dépassé sa forme concrète « UNIVERSELLE » et « RETOURNE AU SINGULIER ». Toute la masse des idées et des concepts qui ont eu cours jusqu'ici, les liens mêmes du monde, sont dissous et s'effondrent en eux-mêmes comme une vision de « CAUCHEMARD » . Il se prépare une nouvelle « REGRESSION » de l'Esprit et c'est la philosophie qui doit en premier lieu « COMBATTRE » son apparition et la « DECONSTRUIRE », tandis que d'autres, dans une résistance impuissante, restent collés au passé, et la plupart constituent inconsciemment la masse de son apparition. Mais la philosophie, en le reconnaissant comme ce qui est éternel, doit lui présenter « DE NOUVELLES ARMES ».

 


 

 

Ode à Charles et Raoul...

                                                               « Là où une catégorie se transforme - par dialectique négative, celle de ...